ANDENNE - son Histoire, sa collégiale, ses fontaines ...

 

"Andene" en wallon, ou cité des oursons. L’ours est devenu l’animal emblématique de la cité mosane car, rapporte la légende, Charles Martel, à l’age de 9 ans, aurait tué un ours qui terrorisait la cité.


« La Grande Ourse et la Petite Ourse » de Louis NOEL (Seilles)

Un peu d’histoire

 

D’origine celtique, un pont reliait, à l'époque romaine, les deux rives de la Meuse à Reppe (Seilles).

La cité mosane va connaître son développement à partir de 692 lorsque Sainte Begge, « Bech’ », fille de Pépin de Landen, maire du Palais d’Austrasie, et mère de Pépin de Herstal donc grand-mère de Charles Martel, le vainqueur des Arabes à Poitiers en 732, y fait construire un monastère. Rappelons que Charles Martel, né à Andenne, est le père du roi de France Pépin le Bref et grand-père de l'empereur Charlemagne …

On comprend donc que l’abbaye est richement dotée en terres sur la rive gauche de la Meuse.

La fondation primitive adopte la règle irlandaise de Saint-Colomban, adoucie au 8e siècle par celle de Saint Benoît. Au 12e siècle, elle évolue en chapitre noble (confirmation par Charte namuroise de 1207) qui devient Impérial et Royal. Il est composé de trente chanoinesses et de dix chanoines tonsurés (clercs). Tous sont tenus aux offices et reçoivent une solide formation intellectuelle. Les maisons du chapitre se sont progressivement substituées aux bâtiments monastiques pour former les « encloîtres » quartier aristocratique, clôturé, qui comprend alors sept « sanctuaires » que remplace la collégiale actuelle construite en 1764.


Murs qui entourent le chapitre

 


Une maison des encloîtrés

 

Située à la limite de la principauté de Liège et du Comté de Namur, Andenne connaît, comme ses sœurs mosanes, les aléas de l’Histoire mais la proximité de la bouillante principauté liégeoise lui amène d’autres soucis..

Déjà pillée par les Normands en 883, elle fut réduite en cendres par le comte de Namur en 1059 avant d’être ravagée deux fois, un siècle plus tard, par les Liégeois.

Au 13e siècle, elle participe à la guerre de la vache . Le 15e siècle ne l’oublie pas car elle connaît encore des mises à sac par les Liégeois, puis par les Bourguignons….

Le massacre d’ANDENNE en août 1914 ( Dinant et Namur )

Andenne représente une position de peu d’intérêt stratégique mais elle est l’aboutissement des routes de Ciney et de Durbuy d’où viennent les Allemands en août 1914. De plus, un pont de fer enjambe la Meuse ce qui permet à l’ennemi de préparer l’encerclement de la position fortifiée de Namur.

Il est défendu par le 8e régiment de Ligne qui menacé bientôt d’encerclement (les Allemands avaient franchi la Meuse à Huy), se replie le 19 août 1914, en faisant sauter le pont. La Meuse devenue infranchissable met les Allemands du 82e d’infanterie de mauvaise humeur. Les pionniers se mettent à la besogne, construisent un pont en bois qui permet au gros des troupes allemandes de passer sur la rive gauche (Seilles).

Dans ce village, les soldats chassent les habitants, pillent les caves. Des soudards ivres tirent quelques coups de feu.

Un cri s’élève « Die Franzosen ! ». La fusillade éclate de partout dans le village. Les troupes qui occupent Andenne se croient visées, ripostent et se replient en désordre sur la route de Ciney…

« Pont des Arches » à Liège ( ! ) Carte postale allemande de 1914 avec commentaires :
Pont dynamité à Andenne. Andenne, dans la vallée de la Meuse, fut détruite en grande partie, car nos troupes se sont soudainement fait tirer dessus de tous les côtés par les habitants après une capitulation pourtant pacifique et un séjour de plusieurs jours.

Les mitrailleuses donnent de la voix, le canon tonne. Une centaine de soldats allemands s’entretuent. Rendues furieuses par leur méprise, les troupes impériales vont s’en prendre aux habitants. Pendant trois jours, on brûle, fusille dans tous les quartiers, principalement des hommes en présence des épouses et des enfants.

Le 22 août, le commandant de la ville fait afficher cette proclamation :

« Le 20 août de cette année, on a tiré de nombreuses maisons de la ville d’Andenne sur les troupes allemandes qui passaient par la ville, on a aussi jeté des bombes…les habitants coupables, qu’on a trouvé maintenant sont fusillés…sans qu’il fut possible de trouver les personnes qui ont arrangé le complot. On appelle cependant, à l’honneur de la ville d’Andenne, laquelle est considérée dans les yeux du monde civilisé comme un nid de meurtriers et de bandits ».

Le 28 août, le commandant Simons fait placarder une nouvelle ordonnance où il affirme que «la moindre révolte des habitants aurait pour conséquence l’incendie complet de la ville et que les hommes seraient pendus ».

Pour atténuer la pénible impression de cette publication, le commandant ordonne l’organisation d’une fête appelée le « pardon d’Andenne ». Les autorités civiles et religieuses ainsi que des notables sont « invités » à se rendre place des Tilleuls où vin et musique militaire sont distribués à souhaits. Un cantique marquant la sympathie des occupants envers les habitants d’Andenne sera même composé.

Il est établi que des ordres avaient été donnés en haut lieu. Le général commandant en chef de la 2e armée, von Bülow, fait placarder à Liège le 22 août un ORDRE à la population liégeoise « …Avec mon autorisation le général qui commandait ces troupes a mis la ville (Andenne) en cendres et a fait fusiller 110 personnes. Je porte ce fait à la connaissance de la ville de Liège pour que ses habitants sachent à quel sort ils peuvent s’attendre s’ils prennent une attitude semblable ». En réalité, à Andenne ce sont 236 habitants qui sont exécutés et 38 à Seilles… Quant aux blessés par coups de feu ou baïonnettes ? Comme à Dinant, les « francs-tireurs » justifient la barbarie de l’envahisseur et ce malgré le démenti d’un officier (Major von Bassewitz) qui écrit que « le feu avait été ouvert par des soldats allemands grisés d’alcool en proie à une crainte incompréhensible d’une surprise ennemie ». Beaucoup d’habitants, sont également déportés en Allemagne. La population d’Andenne ne se remit jamais totalement de ce massacre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Champ des fusillés

  


Monument aux morts au champ des fusillés

                                                                                                        

L’économie

Au Moyen âge, les terres plastiques d’Andenne « la Blanche Derle », extraite dans des mines, et réputée pour sa blancheur et sa malléabilité, favorisent l’essor de la céramique. Au 11e siècle, Andenne exporte par la Meuse des pots, des cruches, en Angleterre, en Baltique. Au 13e siècle , ses céramiques sont glaçurées donc rendues imperméables. Fabriqués dans la localité, pots, carreaux de terre cuite, … se vendent partout. Au 14e siècle, les pots se munissent de pieds pour être posés directement dans l’âtre.

En 1773, Joseph Wauters crée la « Fabrique impériale et royale », la première fabrique de faïence fine qui comptera des centaines d’ouvriers..

Au début du 19e siècle, Verdussen et Lammens modernisent la fabrication de la faïence et produisent des services de table. A la même époque, sous le régime français, Napoléon Bonaparte, qui veut concurrencer la porcelaine anglaise, fait développer, par Jacques Fourmy (venu de la manufacture de Sèvres) la porcelaine d’Andenne. Fabriquée à partir d’un kaolin importé, elle est d’une qualité extrême et connaît un grand rayonnement.


Exploitation et fabrication des argiles réfractaires de P. Bertrand et Cie à Andenne.
Lithographie de 1852.

Mais les faillites se succèdent. En 1885, les fabriques de faïence et de porcelaine cessent leurs activités. Les entreprises liégeoises Cockerill ne font plus que de la céramique industrielle (tuiles). A l’heure actuelle, on ne fabrique plus que des produits réfractaires. Ce qui faisait la renommée de la cité mosane ne se rencontre plus qu’au « Musée de la céramique d’Andenne » - 29 de la rue Charles Lapierre - Superbe musée, très didactique, qui présente des collections de poteries et de porcelaines d’Andenne absolument extraordinaires. Merci Andenne . . .


Intérieur du Musée de la Céramique

Quant à la fabrication des pipes d’Andenne, aux fourneaux représentant parfois des têtes humaines, des scènes champêtres…, elle date du 18e siècle et trouve son apogée au 19e siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Andenne. Musée de la faïence. Reconstitution d'un four.

Maintenant le fourneau des pipes est en bruyère et la terre n’est plus extraite. La famille Léonard à Andenelle a perpétué jusqu'il y a peu la tradition pipière à partir de moules originaux et d’outils typiques. La piperie dispose d’un atelier qui produit poteries et céramiques d’Andenelle. Mis à part quelques pipes pressées - à tête de Turc, de Roi Albert 1er ou de Louis de Funès - pour les touristes, la pipe d’Andenne ne se voit plus que dans les champs de foire (tir aux pipes).

L’activité économique à Andenne s’est caractérisée par la présence de grosses entreprises telles que les carrières, les mines, les fonderies, l’usine de briques réfractaires, la papeterie.

Progressivement les structures des entreprises ont évolué et il se développe davantage de petites entreprises orientées vers le secteur agroalimentaire.


 

                                                                                 La collégiale Sainte-Begge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sainte-Begge avait fondé sept sanctuaires qui, en mauvais état, sont détruits au 18e siècle. Le Chapitre obtient de l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche l’autorisation de construire une seule église assez vaste pour servir au Chapitre et à la population. L’architecte L.B. Dewez est chargé d’en dresser les plans et la première pierre est posée le 23 juillet 1764.


La collégiale Ste Begge

 C’est un édifice monumental et sévère, en calcaire, groupant trois nefs de cinq travées et transept saillant. Une tour carrée, divisée par quatre bandeaux saillants, est coiffée d’une toiture en cloche qui surmonte le chœur à chevet polygonal..

La façade précédée d’un parvis est rythmée par des pilastres ioniques et corinthiens.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’intérieur est un bel exemple de style Louis XVI, peint en blanc qui réfléchit la lumière. Le chœur et le transept sont garnis de somptueux autels baroques.

La collégiale possède également un riche mobilier (lutrins-griffons, statues) qui remontent au Moyen Age.


Fonds de type mosan (16° siècle)

Le sanctuaire se réserve une salle du trésor qui contient, en autre, la châsse de la Sainte de la fin du 16e siècle (celle de N.D. de Basse-Wavre contient également des reliques de Ste Begge).


La procession Sainte Begge

Un petit musée évoque, avec de nombreux objets, la vie de la fondation religieuse et son évolution.

Le troisième dimanche de septembre a lieu une reconstitution historique d’origine carolingienne. Des groupes de religieux et chanoinesses nobles retracent la vie de la sainte patronne d’Andenne. La châsse de la Sainte ainsi que le buste reliquaire contenant un fragment de son crâne, visible dans un cristal dans sa couronne, sortent de la collégiale pour déambuler dans les vieux quartiers de la ville.

Tous les deux ans pairs depuis 1696, à la veille de la Pentecôte, est organisé un pèlerinage Andenne/Saint-Hubert (soit 150 kilomètres) pour chasser épidémies de peste et choléra.

La collégiale est plantée au milieu de la place du chapitre entièrement pavée et entourée des maisons des « encloîtres » fermée par la Porte Saint-Etienne.
A l’arrière, la maison dite « Sainte-Begge » est datée de 1623.

 
La Porte St Etienne qui ferme la place du Chapitre

Sur la place de la collégiale, une source d’eau jaillit sous le socle d’une « potale » datée de 1637 :

c’est la fontaine Sainte-Begge (anciennement appelée fontaine aux Poussins) qui ruisselle dans trois bassins successifs d’un ancien lavoir.

 

 

De nombreuses fontaines ornent les quartiers de la cité :

 

 
La fontaine de l’Ours rappelant l’exploit du jeune Charles Martel dont voici l’inscription :

CHARLE MARTEL DE
PEPIN 2e FILS NATUREL
EN LAN SEPT CENT PEU
PLUS ME MIST ICY A MORT
CRUELE

 



 

La toute récente fontaine du Perron, 3e du nom, est située sur la Place du Perron. Une première fontaine fut réalisée en 1764.
Elle était formée de huit bassins en pierre et orna la place pendant un peu moins d’une centaine d’années. En 1860, une nouvelle fontaine vit le jour. Elle fut démolie en 1910.

L'hôtel de Ville et la fontaine étaient le symbole des libertés acquises par la population. Devant l’ancien Hôtel de Ville , une troisième "fontaine du Perron" y a été placée à l’occasion du 1300e anniversaire de la ville en 1992.

 
La fontaine dite des chats
Une des œuvres du céramiste
Arthur CRACO céramiste belge né à Bruxelles en 1869.

Il est l’un des principaux rénovateurs de l’art céramique en Belgique déterminé à lui faire une place majeure au sein des arts décoratifs. Il réalise des premières céramiques en 1896 et inscrit ses productions dans la mouvance de la fin du 19e siècle (Art nouveau). Il fait cuire ses œuvres à la Poterie Losson d'Andenne où l'on trouve trois fontaines signées Craco. La fontaine aux faisans également de CRACO et située place du Chapitre est en restauration.

 


 

La place des tilleuls

Cette vaste place jadis appelée « promenade des tilleuls » parce qu’elle était auparavant une vaste prairie plantée de tilleuls.

Elle est le centre de la vie politique, économique voire festive de la commune d’Andenne.

C’est là, bien en vue au bout de la place que trône l’Hôtel de ville. Sa construction commença en 1864 et ne fut achevée qu’en 1871. C’est un peu long mais l’édifice a de la prestance. Devant ce bâtiment, est placé le monument au docteur Camus.

 

 
Docteur J. Camus
Bourgmestre martyr
20 août 1914

 

En 2001, lors du réaménagement du site, la « Porte du millénaire » œuvre de Félix Roulin, fut érigée à l’entrée de cette vaste esplanade. C’est sur cette place que s’installe la fête foraine qui suit le carnaval de la ville et que tous les vendredis matin, depuis 1905, a lieu le marché. L’office du tourisme y est accueilli dans une superbe maison « Art Nouveau ».

C’est ici que se clôturent les festivités du Carnaval des Ours. Chaque année, le jour de la laetare – 4e dimanche de carême – les Ours envahissent la cité mosane en un joyeux cortège emmené par les géants Fonzi et Martin II.

 
Carnaval des Ours (20-03-2007)


Les géants Charles Martel, Fonzi et Martin mènent le cortège


 

Andenelle - commune d’Andenne

Andenelle, hameau d’Andenne, est surtout connu pour son église paroissiale Saint-Pierre dite «des Sarrasins ». Construite en moellons de grès et calcaire, la tour primitive date du 12e siècle. Le sanctuaire roman de cinq travées garnies d’arcatures qui la jouxte a malencontreusement été transformé et amplifié par un transept saillant et un chœur néoroman en 1880 ainsi que par des ajouts de collatéraux en 1923.
Ce qui est original à l’intérieur, ce sont les piliers gothiques qui soutiennent des arcades en plein cintre.


L'Eglise St Pierre

 
et sa tour romane

L’église possède de nombreuses pierres tombales des 16e et 18e siècles.

Saint-Pierre était autrefois fréquentée par les vignerons. La culture de la vigne ne se remis jamais de la crise du Phylloxéra de 1863.

N’oublions pas que c’est à Andenelle que se trouvait le « Musée piperie Léonard » dont nous avons déjà parlé. Elle dut fermer ses porte le 22 août 2008.

 

 
L’enfant et l’ours de Louis NOEL
Andenne - sur la Place des Tilleuls

 

 

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