GIVET - d'après Albert Meyrac - 1898

Givet d’après Albert Meyrac – 1898

« Givet : Centre d’une industrie active, fabrique de pipes, de crayons et de colle forte ; brasserie, briqueteries, fabrique de guêtres et molletières ; savonnerie, tanneries, agences de transport pour les réceptions en douane » disent toutes les géographies.

Et dans son charmant Guide, Jean d’Ardenne (1) ajoute :

« Depuis 1892, Givet a fait éclater sa ceinture de pierre qui l’enserrait au nord et, sur les terrains nivelés, a ouvert un quartier neuf. Opération profitable sans doute, mais la ville n’en a pas moins perdu beaucoup de sa physionomie originale, comme type de « villasse » fortifiée. Ses abords ainsi modernisés sont, aujourd’hui, d’une banalité exquise…. .Sur l’esplanade la statue de Méhul, dans toute la fraicheur de sa jeunesse. Du pont, la vue est toujours merveilleuse, et la « tourette » au faitage conique, pierres et briques, qui s’avance vers le fleuve et à laquelle s’appuie la muraille d’un quai pittoresque, se reflète toujours dans le même miroir des eaux. Aux heures crépusculaires, par des matins vaporeux et les soirs tranquilles, ce paysage possède un charme particulier.

« La démolition du flanc nord de l’enceinte a, tout naturellement, amené la destruction de deux portes qui, de ce côté, donnaient accès à la place. Les autres subsistent. C ‘est la porte de France du côté opposé à l’issue des casernes ; rive droite, au petit Givet, la porte de Luxembourg, d’où sort la route de Beauraing ; et entre le Mont d’Haurs et le fleuve, la porte de Rancennes… La Meuse coupe la ville en deux : ici le Grand Givet ou Givet-Saint-Hilaire ; là-bas le Petit Givet, ou Givet-Notre-Dame. Celui-là dominé, au sud-est, par l’énorme rocher à pic qui couronne le fort de Charlemont ; celui-ci, à l’est, par le mont d’Haurs, plus communément appelé et orthographié : Mont-d’Or. Le pont en pierre qui les réunit fut construit en 1811, par ordre de Napoléon qui se trouvait arrêté en cet endroit, une crue subite de la Meuse ayant emporté le pont de bois »

Voici d’ailleurs ce que la tradition raconte :

Revenant de Belgique, Napoléon entrait en France par Givet. Le temps était affreux. La Meuse, qu’avaient grossie d’épaisses et longues pluies, rompit le vieux pont de bois, désagrégé par la vétusté autant que par les eaux. Ce contre-temps irrita Napoléon, car il avait hâte d’arriver à Paris. Passer la Meuse en bateau était chose difficile et périlleuse. Ce danger, aucun batelier ne voulait le tenter. Mais l’empereur, s’étant souvenu qu’il y avait à Givet un dépôt de prisonniers anglais, envoya chercher quelques-uns de ces prisonniers, et leur demanda s’il était possible de traverser le fleuve. « Sans doute, répondirent-ils, mais ce sera fort dangereux.

-Eh bien, répondit Napoléon, je m’en remets à votre habileté et à votre loyauté. »

Alors il monta dans une grande barque, que dirigèrent vingt Anglais qu’il avait désignés au hasard. Parvenu sur l’autre rive, il donna la liberté à ces prisonniers, et, par surcroit, une forte récompense en argent et un habillement complet. Puis rentré à Paris, et se souvenant de cette aventure, il ordonna la construction de ce pont qui relie les deux Givet.


http://sains-patrimoine.over-blog.com/pages/Le_general_Pigault-1282231.html

Givet ne fut ville française, et ne s’appela officiellement Givet, qu’à dater de juillet 1679 ; lorsqu’ainsi, le 17 septembre 1678 le stipula le fameux traité de Nimègue. Jusqu’à ce jour, Charlemont avait désigné et la forteresse et les deux villages qui formaient Givet. Le 6juin 1698, la ville obtint … ses armoiries…

Nous venons de décrire la ville, telle que nous la connaissons aujourd’hui ; voyons ce qu’elle était il y a cent ans, d’après l’auteur du Voyage dans les départements français :

« A l’extrémité des Ardennes, nous avons vu les deux Givet et Charlemont qui, dans l’exacte vérité, ne font qu’une ville, sans presqu’aucun commerce. L’aridité de son territoire en est cause en partie, et le séjour d’une garnison nombreuse dans une aussi petite enceinte, achève de la livrer à ce ton inerte et morosif que donne ordinairement le militaire aux lieux où il domine. Point d’industrie où beaucoup d’hommes ont peu à dépenser ; point d’industrie où le glaive commande, où l’homme est prisonnier depuis le coucher du soleil jusqu’à l’aurore.

« Sous l’ancien régime on ne voyait presque, à Givet, d’autre numéraire que des gros sous. Le peu de richesse du pays n’était pas, toutefois, la cause de cette circulation qui semblait indiquer l’indigence, mais le voisinage des « terres belgiques » et le gain que les contrebandiers faisaient en échangeant la monnaie autrichienne contre nos écus.

« La seule chose dont les yeux soient frappés à Givet, c’est la beauté du sang. Il est aussi rare d’y rencontrer une femme laide qu’il est souvent difficile, d’ailleurs, d’en trouver une jolie.

« Les casernes sont dignes d’être vues. Elles sont superbes. J’ai remarqué non sans peine, dans ces cantons, que le peuple, n’ayant point comme ailleurs la ressource d’un mont-de-piété, porte ses effets en gage, au « lombard » d’une petite ville appelée Dinant, dépendante du pays de Liège. Ainsi, ce sont des étrangers qui mettent à profit, pour s’enrichir, la dépouille de nos frères ! ».

Extrait de « Villes et Villages des Ardennes » (1898) par Albert Meyrac – rédacteur en chef du Petit Ardennais – librairie Guénégaud S.A. – Paris – réédition 1966 – Pages 228 à 230.

Remarque : Albert Meyrac (1848-19..) est né dans les Landes. Auteur d’une importante bibliographie historique et géographique dont : Contes du Pays d’Ardenne 1892 – La forêt des Ardennes (légendes, coutumes, souvenirs) 1896 – Traditions, coutumes, légendes et contes des Ardennes 1890 -

(1) Jean d'Ardenne - de son vrai nom Léon Dommartin - Spa  1839 - Ixelles 1919. Journaliste, chroniqueur, philosophe ... Ce voyageur littéraire est l'auteur des premiers guides de l'Ardenne et de la côte de Flandre. Ami du peintre namurois Félicien Rops -

Mémoires de M. de Bourrienne, ministre d’état sous Napoléon. Le Directoire, Le Consulat, L’Empire et La Restauration. Volume 4 – Page 47 – Bruxelles 1829.

« Un jour se rendant en Belgique par Givet, il trouva le bac brisé, ce qui le fit attendre quelques momens sur la rive droite de la Meuse, dans le Petit-Givet. Il n’était qu’à une portée de fusil de la forteresse de Charlemont, située sur la rive gauche ; vivement contrarié de ce retard, il dicta le décret suivant :

« Un pont sera établi sur la Meuse pour joindre le Petit-Givet au Grand-Givet. Il sera terminé dans la campagne prochaine. »

Le pont fut construit dans le temps voulu, et la France possède aujourd’hui un des plus beaux ponts

Que j’aie vus, parce que Napoléon attendit quelques instans sur les bords de la Meuse.

 

 

 

 

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