La Batellerie - les mariniers

 

La Meuse, si efficacement aménagée, ne l’est pas pour le plaisir des touristes mais pour faciliter le transport des marchandises qui est effectué par les « mariniers » ou « bateliers ». Ils le sont généralement de pères en fils et filles. Quand on naît sur un bateau, on a le métier dans le sang et sa vie, c’est sur l’eau ...

Les mariniers ne connaissent pas de frontières : Ils sillonnent toute l’année les fleuves, les rivières et les canaux de Belgique, de France, de Hollande, d’Allemagne. Bien avant les routiers, ils sont chez eux à Paris, à Anvers, à Rotterdam… Mais leur condition de vie a fort évolué depuis les voiliers en bois du début du 20e siècle, aux palaces flottants de 3.500 tonnes qui se conduisent, à 20km à l’heure, avec l’appui des ordinateurs. Cependant, les bateliers restent tous fidèles à leur Saint Patron qui est Saint-Nicolas.

Témoignages - 8 octobre 2007

« Je m’appelle Johanna, Maria, Willems. Je suis née en 1922, à Anvers. Mes grands-parents et parents étaient bateliers.


Monsieur et Madame BOLLE

 "Lorsque j’étais enfant, avec notre bateau en bois nous transportions diverses marchandises : du blé, du charbon … que nous chargions à Tamines ou à Auvelais. L’horreur, c’était quand nous devions transporter du poussier. Nous enduisions la cabine avec de la terre glaise, mélangée à de la bouse de vache, pour éviter l’infiltration de poussières entre les planches de l’habitacle. Peine perdue, nous devions tout nettoyer maman et moi tant il y avait de poussière. Même dans les armoires ! Pour laver le linge, nous prenions de l’eau dans le canal quand celle-ci était propre et nous le savonnions sur une planche avec une brosse.

Ces bateaux avançaient à 4 ou 5 km/h en charge et 8 km à vide. Les mariniers n’étaient pas riches et n’avaient pas le choix des transports car ils avaient des remboursements mensuels importants.

Un jour que nous devions descendre la Meuse jusqu’à Maastricht mon père propose de louer des chevaux pour haler le bateau".

 

 mais

 


Halage à Waulsort

"Maman lui dit qu’elle n’a de l’argent que pour nous nourrir. Maman et moi avons tiré le baquet « à la bricole » c’est -à-dire avec un harnais autour de la poitrine et avons ramené le bateau en trois jours !. Le baquet était un navire de canal de 19,5m de longueur, 2,60m de largeur et pouvait transporter de 50 à 70 tonnes. Il s’appelait « la Liberté ». Le travail de batelier était harassant. Nous étions pauvres mais heureux. Le plus loin que nous pouvions naviguer sur la Meuse était Stenay.

A treize ans, en 1935, j’ai rencontré mon futur mari. C’était à l’écluse de Malmaison, au café la Patte d’oie, où l’on pouvait danser. C’est là qu’un jeune marinier de 17 ans, Emmanuel, est venu m’inviter. A la fin de la danse, il m’a demandé si nous pouvions «courtiser ». J’en ai parlé à papa. Il a dit qu’il voulait bien mais «qu’ici ce n’est pas un pigeonnier ». Mon fiancé n’hésitait pas à faire de grandes distances en vélo pour venir me retrouver même l’hiver quand il gelait. La santé de papa se dégradait et c’est Emmanuel qui est venu conduire le bateau. Nous avions alors un Spits de 38 mètres. En 1939, mon fiancé a été mobilisé. J’ai dû conduire moi-même un chargement de charbon sur la basse Seine, à Gargenville. Au moment de décharger le charbon, (il y avait quatre navires qui attendaient le déchargement), la guerre a éclaté. Les ouvriers débardeurs sont partis. J’ai aidé, toute seule, à vider les bateaux. Je n’avais plus de peau sur les mains. Mais le patron m’a bien récompensée en me gratifiant d’une enveloppe laquelle contenait de quoi nous mettre à l’abri du besoin pour quelque temps.

Nous nous sommes mariés en 1943 et depuis, nous ne nous sommes jamais quittés. Nous avons un fils, René, qui a été aussi marinier sur un « campinois » 600 tonnes mais de nos jours, ce n’est plus rentable. Installé à Liège, avec son épouse, il pilote des circuits touristiques. Nous avons toujours eu des dettes à rembourser car un bateau coûte très cher et pour le payer, il faut beaucoup travailler sans compter ses heures. J’ai tous les diplômes pour conduire tous les bateaux. »

 

« Je m’appelle Emmanuel Bollé. Mes grands-parents étaient mariniers sur le Rhin. Ils naviguaient sur un bateau de 1000 tonnes tiré par un remorqueur à vapeur avec roues à aubes. Mes parents, installés à Rupelmonde, avaient un bateau en bois de 38 mètres et sillonnaient la Belgique et le Nord de la France. Le hasard a voulu que je naisse à Vilvoorde, en 1921, où mon père amenait du charbon. A 17 ans, j’ai rencontré Johanna. Elle avait 13 ans. Je l’ai invitée à danser et à la fin de la danse je lui ai demandé si elle voulait bien « courtiser » avec moi. En 1939, j’ai été mobilisé et fait prisonnier par les Allemands à Nieuport mais comme je parlais le flamand, j’ai été libéré après quelques jours « comme Belge » ( les Wallons étaient considérés comme français).

Je suis allé retrouver Johanna en France (350 km). Je faisais du marché noir pour vivre. Nous avons décidé de nous installer à Fécamp où nous avons transporté du charbon. Nous nous sommes mariés en 1943 et les parents de ma femme, qui vivaient avec nous, ont mis le bateau à mon nom pour que je ne sois pas envoyé en Allemagne comme S.T.O. Mes parents et ceux de Johanna, devenus âgés, sont venus vivre avec nous. Nous étions alors 6 à bord plus le petit René. Cette péniche s’appelait «L'YSER » c’était, un « spits » en bois, de 38,5 m, avec la cabine au milieu, deux chambres avec une cuisinière au centre. A l’arrière (achteronder = le reu) nous avions deux chambres avec des lits superposés. Ce bateau était équipé d’un moteur...de 12 Cv.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous remorquions un « bachot », petit canot à godille, qui nous permettait d’aller au ravitaillement quand nous ne pouvions accoster, par exemple, en temps de crues de la Sambre et de la Meuse. En 1944, nous avons pu acheter pour 1 million et demi de francs belges notre premier bateau en fer, le « Saint-Joseph ». C’était presque le paradis ! Car les navires en bois, avec les charges de 4 tonnes que les grues laissaient tomber lourdement dans la cale, souffraient beaucoup, prenaient l’eau et coûtaient beaucoup en réparations. Mais il fallait travailler beaucoup pour rembourser une telle somme par mensualités. Pour y arriver, nous avons dû travailler, à tour de rôle, jour et nuit lorsque nous étions en Hollande.

 Parfois, nous restions quatre jours sans dormir. Ma femme n’avait pour tout vêtement que deux tabliers noirs en satin. Et c’est elle qui faisait mes pantalons dans de vieilles couvertures. Puis nous avons acquis le « Monique » et ensuite le « Carbonia » qui portait 380 tonnes.


A Namur, au confluent de la Sambre et de la Meuse, le Carbonia face au quartier du Grognon avant sa démolition.

Nous avons eu également le «Nitcheveau » et enfin le «Verpo ». En 1998, nous avons cessé de naviguer. L’âge de la retraite avait sonné depuis longtemps... Nous avons alors acheté un bateau de 25 mètres de long sur 5,50m de large datant de 1925, le « Santa-Maria ». Il appartenait à la brasserie Jupiler. Nous l’avons entièrement aménagé pour le rendre habitable et l’avons motorisé.

Jusqu’il y a peu, nous étions amarrés à l’écluse de Dinant où se trouvait notre fils, capitaine de « l’Antarès » sur lequel trône un … arbre !


L'Antarès de Monsieur et Madame René Bollé (fils de Maria et Emmanuel)

Il est également le capitaine du « Le Mouche ». Depuis que la Meuse est en chômage entre Namur-La Plante et Hastière, nous nous sommes installés à Namur au pied des rochers des « Grands Malades ». Maintenant, nous repartons à Marchienne-au-Pont notre port d’attache. »


Le Santa Maria


Médaille de la Vierge qui les a toujours accompagnés sur tous leurs bateaux.

 

Quelques semaines après leur installation à Marchienne-au-Pont Emmanuel Bollé nous quittait pour toujours.
Après la cérémonie à l'église, la famile et ses amis se réunirent au bateau-chapelle.


Le bateau-chapelle de Marchienne-au-Pont

Le 25 et 26 septembre 2010 aura lieu à Marchienne, le 16°pardon batellerie-plaisance-marine :

http://www.pardondemarchienne.be/programme_des_fetes_du_pardon.html  (Mr Yves Cornil)

http://pardon-marchienne.blogs.lalibre.be/archive/2009/01/18/programme-du-15e-pardon.html

 

 

 

 


Types de bateaux navigant sur la Meuse 

Classe 

Type 

Longueur 

Largeur 

Tirant d’eau 

Hauteur libre 

Tonnage 

0

Bateau de plaisance

-

-

-

-

-

I

Péniche (spits)

38,50

5,05

1,8 - 2,2

4

250 - 400

II

Campinois

50-55

6,6

2,5

4 - 5

400 - 650

III

Gustav Koenigs

67-80

8,2

2,5

4 - 5

650 - 1000

IV

Johann Welker

80-85

9,5

2,5

5,25 - 7

1000 - 1500

Va

Grand Rhénan

95-110

11,4

2,5 - 4,5

5,25 - 7

1500 - 3000

Vb

Grand Rhénan

172-185

11,4

2,5 - 4,5

9,1

3200 (convoi long de 2 barges)

 
1500 Tonnes

Grand Rhénan classe VA 2500 tonnes (écluse de Genk) 

Pour  plus de renseignements  je vous conseille de consulter le Blog de PASCAL Alain, chef de poste à l'écluse-barrage de La Plante (Namur) - sur la Meuse Namuroise  http://alainpascal.skynetblogs.be/
http://www.meusenamuroise.be/

ainsi que le site : http://bordabord.org

 

 

 

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