NAMUR - des sièges

 

De par sa position stratégique, Namur a connu de nombreux sièges...

• Siège de Namur (1488) : La population de Namur contre les Bourguignons
• Siège de Namur (1577) : Don John prend la ville par surprise
• Siège de Namur (1692) par Louis XIV et Vauban du 29 mai au 30 juin 1692
• Siège de Namur (1695) par les alliés, Hollandais, Anglais et Brandebourgeois
• Siège de Namur (1746) (du 6 au 30 septembre), pendant la guerre de Succession d'Autriche par les Français
• Siège de Namur (1792) : par les Français
• Siège de Namur (1794) : par les Français
• Siège de Namur (1830) : par les révolutionnaires belges
• Siège de Namur (1914) : par les Allemands

Dès le 16è siècle, par mesure de sécurité, le magistrat oblige les propriétaires de couvrir les demeures de tuiles ou d'ardoises, d'aménager des greniers avec des pavés de tomettes. Les caves des habitations sont souvent reliées entre-elles.

Un des sièges les plus mémorables que connaît la cité est celui de 1692 (Guerre de la Ligue d’Augsbourg 1688-1797), quand Louis XIV en personne, avec la cour et une armée de 112.000 hommes et 151 canons investit, en juin, Namur et la citadelle. Autant dire que sur des kilomètres à la ronde tous les villages et fermes sont pillés.

Glorifié de sa victoire, chanté dans toute l’Europe par des poètes comme Jean Racine, des mémorialistes (Saint-Simon), des peintres (J.B.Martin-Lejeune), des estampeurs (Sébastien Le Clerc), des chansonniers… le roi « soleil » fait fortifier sa nouvelle acquisition par l’ingénieur militaire français Sébastien le Preste de Vauban qui dote la ville d’un de ses beaux monuments : l’Arsenal.

 Jean RACINE, ODE SUR LA PRISE DE NAMUR voir Bibliothèque natioale de France : ftp://ftp.bnf.fr/544/N5447830_PDF_1_-1DM.pdf

Jean RACINE, RELATION DE CE QUI S'EST PASSE AU SIEGE DE NAMUR voir Bibliothèque nationale de France :Oeuvres de J. RACINE, t.IV p. 336 à 375.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5577499t.r=Namur.langFR

 

Devenu dépôt de la caserne de gendarmerie, l'arsenal est vendu en 1977 aux Facultés Universitaires de Namur qui en font un centre de congrès et un restaurant

Trois ans plus tard, en 1695, (année où le maréchal de Villeroi bombarde Bruxelles à boulets rouges détruisant plus de 2000 maisons dont la Grand-place ), Namur la " Française" avec sa garnison de 13.000 hommes commandée par le Marquis de Boufflers capitule devant la coalition dirigée par Guillaume d’Orange, stadhouder des Pays-Bas et roi d’Angleterre sous le nom de Guillaume III.

 

                                                  Les protagonistes

                                                   
                                                        
             Louis XIV                                                          Guillaume III d’Orange

Chaque siège dévoilant des failles dans la défense, la citadelle de Namur, comme aussi celles de Dinant et Huy, voit ses fortifications constamment renforcées.

J-B Martin . Le siège de Namur  par Louis XIV - 1692.

 

                                                        Source Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France.

Reprise de la ville par Guillaume III  roi d'Angleterre (1695). O.Elliger 1695

 Après 3 ans de paix, l’ambitieux - mais vieux roi de France maintenant - déclenche « la guerre de Succession d’Espagne » (1702- 1714). A nouveau, le nord de la France, la Belgique, le sud des Pays-bas, la rive droite du Rhin, sont pillés par les mercenaires de tous les bords.

En 1715, les provinces belges sont données à la branche autrichienne des Habsbourg (traité d’Utrecht et Rastadt). Namur devient une des forteresses de la « Barrière », ensemble des villes fortifiées où les Hollandais peuvent tenir garnison aux frais des Autrichiens, c’est-à-dire de nos populations.

Malgré le siège par les Français et la destruction de la collégiale du château en 1746, le 18e siècle est celui de la paix pour les régions mosanes. Partout on reconstruit les maisons bourgeoises, on embellit les châteaux et les abbayes suivant les goûts nouveaux.

 

Un bel exemple d’hôtel du 18e siècle namurois : l’hôtel ( Musée) Groesbeeck de Croix.

 
"Paix et Sérénité" - Dessin colorié de 1740.
Montre le confluent de la Sambre et de la Meuse.
Le château de Comtes et la collégiale St Pierre (détruite lors du siège de 1745)
 apparaissent à l'arrière plan.
Une porte ouverte dans le rempart donne accès à la berge. 


Les dix dernières années du siècle sont mouvementées : en 1789 éclate le Révolution Brabançonne et, en 1792 et 1794, Namur est aux mains des « Sans-culottes ».
Sous le Régime napoléonien, la citadelle de Namur sera délaissée. Elle servira de dépôt au 13e Dragon.

 


A quoi servirait-elle puisque les frontières de la France se situent à Hambourg et à Rome ?
Namur joue cependant un petit rôle dans l’épopée impériale.

 

  

Lorsque le maréchal de Grouchy, le malheureux poursuivant du Prussien Blücher, apprend la défaite de Napoléon à Waterloo, le 18 juin 1815, il ordonne à ses troupes de se replier sur Namur. A l’abri des murailles de la ville, deux corps de cavalerie, deux corps d’infanterie (soit 32 à 33000 hommes et une centaine de canons), franchissent la Meuse avec l’aide des habitants. Une compagnie d’artillerie à pied de ligne mène des combats de retardement, à la porte de Bruxelles, contre les cavaliers prussiens ( au cour des ces combats les Français eurent 80 officiers bléssés ou tués)

. Protégées par la Meuse, les troupes françaises rejoignent, sans mal Givet gardé par la forteresse de Charlemont. Celle-ci assiégée par les prussiens, n’ouvrira ses portes que le 17décembre.

 

 

 

« Nous ne saurions trop le répéter à la toute la France : Namur a bien mérité de notre patrie » écrit le général Berton, commandant une brigade de Dragon.

 

Les départements belges sous l'Empire

Cimetière de Namur-Belgrade. Souvenir de la retraite française par Namur : restes de la stèle , inaugurée le  20 juin 1857, du colonel prussien H. von Zastrow tué à Namur le 20 juin 1815.

Il ne reste plus du  monument primitif que le casque grec à croix de fer.

 

Courrier de l'Intendant départemental de Sambre-et-Meuse au Secrétaire d'État du royaume des Pays-Bas (Namur, 22 juin 1815)

Nous reproduisons ci-après, en l'assortissant de quelques notes infrapagniales, un document que le juriste et historien Jacques Logie (1938-2007) avait exhumé des archives du royaume des Pays-Bas (NATIONAAL ARCHIEF (La Haye], Algemeene Staatsseeretarie en Kabinet des Konings, 1813-1840,6584) (1). Extrait des CAHIERS DE SAMBRE ET MEUSE – LE Guetteur Wallon n° 2/2010 p. 83 à 86.

Monseigneur,

J'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence par mes lettres écrites de Liège le 19 et 21 de ce mois, des évenemens qui se sont passés à Namur avant l'entrée de l'armée française, qui a fait sa retraite par cette ville le lundi 20 du courant.

Cette armée était bien plus nombreuse que je n'ai eu l'honneur de l'annoncer à V. Ex. dans mon rapport; on l'évalue être de 20 à 25 mille hommes avec beaucoup d'artillerie et une prodigieuse quantité de caissons et de bagages; elle était composée des débris des corps

JO de Vandame (2)

2° d'Excelmans (3)

3° de Pajo1 (4)

4°de Gérard (5)

et 5° de la cavalerie de Grouchy (6).

Cette armée qui disait n'avoir point été battue mais d'avoir reçu l'ordre de se retirer, a commencé à passer à Namur le lundi 19, vers sept heures du soir et y a défilé pendant presque toute la nuit, plusieurs régimens étaient en bon ordre et ont passé musique en tête, mais chacun formait à peine un bataillon; il y avait beaucoup de cava11erie dont les chevaux étaient efflanqués et harassés. Plusieurs corps ont crié; Vive l'empereur et excitaient la populace à en faire autant, sans y réussir.

Le restant de cette armée marchait pêle-mêle et en désordre.

Voici ce qui s'est passé en ville pendant le séjour qu'y a fait cette armée et à son départ qui a eu lieu le mardi 20 vers huit heures du soir.

-----------------------

(1). J. LOGIE, Namur et Wavre pendant la campagne de 1815, dans Bulletin des Amis du Musée Wellington et du Musée de Waterloo, n° 3, mars 1987, p. 12-16.

(2). (1770-1830) Général français. Placé sous les ordres de Grouchy, il servit à Ligny le 16 juin, à Wavre le 18 juin, et fut blessé à Namur le 20 juin, alors qu'il commandait les 3e et 4e Corps G. GARNIER, Vandamme (Dominique-Joseph-René, comte d'Unsebourg), dans J. TULARD, dir., Dictionnaire Napoléon, nouv. éd., vol. II, Paris, 1999, p. 915-916 ; G. SIX, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire (1792-1814), vol. II, Paris, 1934, p. 528-529).

(3). (1775-1852) Général français. Placé sous les ordres de Grouchy, il commandait le 2e Corps de cavalerie (Dragons) et servit à Fleurus le 15 juin, à Ligny et à Wavre (J. GARNIER, Exelmans (Remy-joseph-Isidore, baron), dans J. TULARD, dir., Dictionnaire Napoléon, nouv. éd., vol. l, Paris, 1999, p. 780 ; G. SIX, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire (1792-1814), vol.l, Paris, 1934, p. 434-435).

(4). (1772-1844) Général français. Placé sous les ordres de Grouchy, il commandait le 1er Corps de réserve de cavalerie et servit à Fleurus, à Ligny et à Wavre (J. GARNIER, Pajol (pierre-Claude Pajot dit), dans J. TULARD, dir., Dictionnaire Napoléon ... , vol. II, p. 458-459 ; G. SIX, Dictionnaire biographique ... , vol. II, p. 281-283).

(5). (1773-1852) Général français. Placé sous les ordres de Grouchy, il commandait le 4e Corps et servit à Ligny et à Wavre G. GARNIER, Gérard (Maurice-Étienne, comte), dans J. TULARD, dir., Dictionnaire Napoléon ... , vol. l, p. 869 ; G. SIX, Dictionnaire biographique ... , vol. l, p. 497-499).

(6). (1766-1847) Maréchal français. En juin 1815, il parvint à effectuer le repli de l'armée impériale en bon ordre, malgré des conditions des plus difficiles (J. GARNIER, Grouchy (Emmanuel, marquis de), dans J. TULARD, dir., Dictionnaire Napoléon ... , vol. l, p. 917-918; G. SIX, Dictionnaire biographique ... , vol.l, p. 531-533).

Les officiers généraux seuls ont été logés chez les particuliers, les corps ont bivouaqués. Les généraux paraissaient très inquiets, s'informaient à tout le monde où étaient les Prussiens et quels étaient les plus courts chemins pour regagner la France, ils ignoraient où était leur empereur; et disaient ne s'être douté de la défaite de son armée que quand ils avaient appris que les Prussiens étaient à Sombreffe et leur coupaient la retraite par la route de Charleroy.

A peine cette armée était-elle arrivée à Namur que les Prussiens n'en étaient qu'à deux lieues vers Temploux. Le lieutenant général (7) Gérard~ égaré de son corps d'armée et blessé de trois coups de feu (8) a passé le 19 vers trois heures de l'après-midi à trois lieues et demi de cette ville fuyant sur Auvelais où il a passé la Sambre.

Les généraux et l'armée se sont bien comportés en ville (il n'en est pas de même dans les campagnes) et n'ont exigé aucune contribution; probablement qu'ils prévoyaient qu'ils n'avaient pas le temps de la faire payer ou qu'ils voulaient avoir l'air de ménager un pays qu'ils disaient ouvertement devoir être réuni à la France.

Un général s'est présenté chez le receveur particulier pour avoir sa caisse, ce dernier s'étant mis de côté~ son épouse produisit au général J'ordre que j'avais donné au fonctionnaire de se retirer avec la caisse et tout ce qui concernait sa comptabilité.

Le 20 à 9 heures du matin, on entendit une canonnade assez forte à une petite lieue de la ville, où il s'engagea une affaire assez chaude entre l'arrière garde de l'armée française et les Prussiens, on s’y battit avec acharnement de part et d'autre; les Français se battirent ainsi en se retirant jusqu'aux murs de la ville. Les Prussiens attaquèrent avec extrêmement de vivacité et une bravoure presque téméraire, ce qui leur occasionna une perte assez forte en hommes, les Français perdirent aussi du monde et quelques pieux de canon. Le général Vandame qui commandait cette affaire voulait tenir quelques tems pour protéger la retraite de l'armée française, et fit placer du canon sur nos remparts pour arrêter les Prussiens qui commencèrent l'attaque de la ville vers les trois heures de l'après mid4 ce qui dura jusqu'à près de huit heures, avec un feu continuel de mousqueterie et de canons à mitrailles, les Prussiens jetèrent même quelques obus dans la ville, qui n'y ont fait que quelques dégâts, parce qu'ils voulaient la ménager; enfin ayant enfoncé le grillage de la porte de Bruxelles à coup de boullets, ils pénétrèrent dans la ville, s'y battirent pendant quelques tems avec les Français dont plusieurs furent tués dans les rues, et les mirent en fuite.

Vandale voulait faire sauter le pont qui est sur la Sambre, mais les habit ans ayant montré beaucoup de commisération pour les blessés et leur ayant donné les secours que l'humanité réclame, il se contenta de barricader la rue du pont de placer des tirailleurs dans quelques maisons et de faire un grand feu de fagots, vis-à-vis de la porte de la plante sur la route de Givet pour arrêter la cavalerie prussienne qui était à sa poursuite à l'exception de 2000 hommes de cavalerie, qui ont pris la route de Ciney, tout le reste de cette armée s'est retiré sur Givet. Ce général doit avoir été blessé d'un coup de feu en sortant de la ville, à ce que m'assurent plusieurs personnes qui disent avoir vu le sang couler le long de sa cuisse.

-----------------------------

(7). Le titre de « lieutenant général» est l'équivalent de celui de « général de division ». Il a été instauré sous la Restauration, par ordonnance du 16 mai 1814. Les généraux participant à la campagne de 1815 sont parfois nommés lieutenants généraux au lieu de généraux de division, car Napoléon !" leur avait permis de conservé ce titre par décret du 22 mars 1815 (A. PIGEARD, Dictionnaire de la Grande Année, Paris, 2002 (Bibliothèque napoléonienne) p. 375).

(8). Gérard, qui commandait le 4' Corps, fut blessé le 18 juin 1815 au combat de Wavre (A. MARTINIEN, Tableaux par corps et par bataille des officiers tués et blessés pendant les guerres de l'Empire (1805-1815), Paris, s.d. [1899], p. 16).

Vous sentez Monseigneur, quelle consternation éprouvaient dans ce moment les malheureux habitans de cette ville, dans les rues de laquelle on se battait ainsi avec acharnement; un bourgeois qui indiquait aux Prussiens une petite rue où quelques Français s'étaient retirés, fut tué par ceux-ci de deux coups de feu.

La ville a été pendant 24 heures dans des angoisses mortelles, s'attendant à tout moment à un massacre et à un pillage général; heureusement qu'elle n'a que des actions de grâce à rendre à Dieu d'en avoir été préservée.

Mais dans nos campagnes depuis Gembloux jusqu'à Namur, tout a été ravagé et pillé, il ne reste rien; deux de nos fauxbourgs ont subi le même sort

L'affaire en avant de Namur et la prise de cette ville a causé au moins un millier de morts de part et d'autre et une grande quantité de blessés, qui sont rapportés en ville où on leur prodigue tous les secours possibles.

Des simples ouvriers vont à la recherche des blessés jusqu'à plus d'une lieue de la ville les y ramènent ou rapportent quand ils ne sont en état de marcher; nos dames de tous les rangs vont les soigner, les penser et donner des rafraichissemens; mais les chirurgiens manquent, nous en avons peu dans la ville et ils ne peuvent suffire à les penser, tour à tom; surtout que tous les blessés de Gembloux et des environs rentrent aussi dans notre ville; tous ceux qui sont en état d'être transportés sont placés dans les batteaux et conduits à Liége, par la Meuse, mais il en reste encore infiniment

J'ai chargé la commission des hospices civils de mettre de l'ordre, de la régularité et de la propreté dans les différents endroits où sont placés ces différents blessés et de veiller surtout à la salubrité en ayant soin de faire désinfecter l'aire des salles par tous les moyens possibles.

Quant à l'esprit public, jamais, Monseigneur; il n'a été meilleur que dans ces circonstances à l'exception de quelques individus nés français, qui ont souvent été signalés au gouvernement et de quelques autres du pays, connus pour être ouvertement du parti de Napoléon, tout le reste de la population a manifestement montré son horreur pour les Français par la consternation qu'a répandue leur arrivée, toutes les portes furent fermées en un instant d'un bout de la ville à l'autre, sans que nulle part 11 n y ait eu un rassemblement ni acclamations, que les militaires tâchaient cependant d'exciter en criant vive l'empereur.

Que votre Excellence me permette de la prier de vouloir bien porter à la connaissance de S.A.M les sentimens d'affection qu'a manifesté le bon peuple de ce Dépt. en apprenant par les Bulletins que j'ai fait répandre et imprimer ce matin, que ce valeureux prince avait été blessé à la bataille du 18 (9); il ne peut s'en consoler que par l'espoir que la blessure n'est pas dangereuse et par la gloire nouvelle qu'elle répand sur le front de ce héros chéri.

Mon premier soin en arrivant ici, ce matin, a été d'aller visiter les hopitaux, de me faire rendre compte par le Maire et le Sous intendant des mesures qui avaient été prises dans ces circonstances difficiles et de les approuver.

Le Maire va me faire incessamment un rapport des dépenses qu'il a été obligé de faire et qu'il devra continuer; j'aurai l'honneur de le transmettre à V.E en la suppliant de vouloir également le faire approuver par le gouvernement

Mille dépenses imprévues doivent se faire sans retard ni délai, elles ne sont cependant pas prévues au budget, il faut donc absolument un crédit extraordinaire pour y faire face.

----------------

(9). Guillaume, prince d'Orange (1792-1849), fils aîné du roi des Pays-Bas Guillaume 1er, commandait nominalement le 1er corps de l'armée de Welligton pendant la campagne de 1815 et fut blessé à Waterloo (J. Logie, Waterloo. La campagne de 1815, Bruxelles, 2003, p. 173).

Les habitans de la ville et des communes voisines sont trop malheureux, trop épuisés et ruinés de toute manière, que pour compter de rien obtenir d'eux par la voie de la réquisition; on ne peut plus rien avoir sans payer; les Prussiens sont exigeant et très pressés quand ils exigent; tantôt c'est du fer pour les maréchaux, des médicamens pour les hommes et les chevaux, des souliers pour leurs soldats qui n'en n'ont point, et il faut satisfaire à toutes ces demandes, si l’on veut éviter les exécutions militaires qui dégénèreraient bientôt en espèce de pillage.

La différence de langue augmenter la difficulté d'être constamment d'accord avec eux; au moindre retard qu'ils éprouvent dans leurs demandes ils prennent de l'humeur et nous traitent de français (10). Il est impossible que la garde Bourgeoise qui a rendu les plus grands services depuis le départ des Prussiens jusqu'à l'arrivée des Français, puisse continuer de maintenir J'ordre sans s'exposer à tous moments à des rixes désagréables et dangereuses avec les Prussiens, qui sont à la vérité en très petit nombre dans cette ville, mais qu'il ne faut pas moins ménager. Le peu de gendarmerie que nous avons ici, n'ose aussi se compromettre avec eux et leur commandant a dû leur donner l'ordre d'éviter soigneusement toute altercation avec eux. Cependant notre ville est ouverte, sans défense exposée à tous les événemens. Beaucoup de trainards, des brigands mêmes qui s'approprient les habits et les armes de militaires tués, entourent notre ville et y commettent mille excès qu'on n'ose ou que ne peut réprimer, je supplie V.E de vouloir nous faire envoyer soit quelques cents hommes de troupes de Notre Roi, soit au moins un renfort de gendarmerie tant pour la ville que pour la campagne, sans cela je crains que nous ne tombions sous peu dans toutes les horreurs du plus cruel brigandage.

Le Commissariat général civil(11) avait laissé dans les magasins du gouvernement, lors de l'arrivée des Français, des quantités considérables de farine, de grains, de biscuits, d'eau de vie, de viande, de ris, de sel, cent et onze bêtes à corne sur pied, que la garde Bourgeoise a soigneusement soustrait et conservé aux recherches des commissaires français auxquels ont seulement été délivrés les objets suivant pour éviter le pillage du reste:

trois mille setiers d'avoine

2400 litres d'eau de vie

5.176 livres de viande

15.000 rations de biscuits

et 14.000 pains (cette réserve que l'on n'a pas eu le tems de sauver a été pillée).

C'est ici, Monseigneur, un rapport général, où V.E trouvera que plusieurs objets ne peuvent la concerner; mais si elle daignait en parler aux Commissaires généraux que ces objets concernent, elle obtiendrait bien, plutôt que moi; qu'ils soient remplis avec toute la promptitude que J'urgence des besoins réclame.

je prie Votre Excellence, de m'accuser réception du présent rapport et agréer l'hommage de mon profond respect

-------------------

(10). Il est un fait bien connu que de nombreux Prussiens, confrontés à une population francophone et ayant fait partie intégrante de la France vingt ans durant, considéraient que nos régions étaient françaises. On songera au titre de l'ouvrage du célébrissime officier et théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz: Der Feldzug von 1815 in Frankreich [consulter la traduction de A. Niessel, parue à Paris en 1899 et rééditée à Paris en 1973 :

Campagne de 1815 en France].

(11). Le 1" août 1814, le prince d'Orange avait officiellement pris en main le gouvernement provisoire de la Belgique, succédant ainsi au « gouvernement général de la Belgique » mis en place par les chefs des états-majors des armées coalisées à leur entrée sur le territoire belge. Par arrêté du 12 août 1814, il supprima les « secrétariats généraux » qui avaient assuré la transition, et créa pour les remplacer quatre « commissariats généraux » (Guerre, Finances, Intérieur, Justice) chargés d'établir des règles provisoires à J'effet de pourvoir à la bonne expédition des affaires dans les provinces belgiques (cfr Fr. ANTOINE, Inventaire des archives du Commissariat général de l'Intérieur (1813-1818), Bruxelles, 2006 (Archives générales du Royaume, Inventaire, 387), p. 21-27).


 

Quant à nos régions, passées sous juridiction prussienne, depuis janvier 1814, elles sont durement rançonnées.

Le Congrès de Vienne (1814-15), crée le royaume des Pays-Bas sous Guillaume 1er de Nassau et rend la restauration des grandes citadelles de la Meuse nécessaire. La forteresse de Namur est totalement ré-appareillée ainsi que les murailles de la ville pour éviter tout effet de surprise. Une nouvelle caserne casematée pour 1200 soldats est construite en Terra Nova. Rehaussée d’un étage, elle remplit sa fonction militaire jusqu’en 1977 (centre d’instruction des Commandos).

 

                                                                                                  Guillaume 1er de Nassau

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×