VIE EN MEUSE WALLONNE EN 1800

 

Le 15 octobre 1795, nos principautés sont rattachées à la jeune République française et organisées en 9 départements.

La Meuse namuroise traverse entièrement le département Sambre et Meuse (97).

Le Préfet -1800 à 1814 -  Emmanuel Pérès de Lagesse,  publie, fin de l’an X de la république (1803), une description de son département qui deviendra après quelques modifications territoriales, l’actuelle province de Namur.

Nous ne reprenons ici que les indications concernant les arrondissements mosans à savoir ceux de Namur et Dinant.

 

STATISTIQUES DU DEPARTEMENT DE SAMBRE-et-MEUSE

Rédigée sous les yeux du cit. PERES, Préfet, par le cit. JARDRINET, membre du Conseil Municipal de Namur, et celui d’Agriculture, du Commerce et des Arts.

Publiée par ordre du Ministre de l’Intérieur.

A Paris, de l’Imprimerie des Sourds-Muets.

An X

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Désignation du Département

p. 1-2. Le Département de Sambre-et- Meuse … se trouve borné au Nord par le Département de l’Ourthe (Province de Liège) ; au Sud, par celui des Ardennes (08 en France) ; à l’Est, par celui des Forêts (Province de Luxembourg), à l’Ouest, par ceux de Jemmapes (Province du Hainaut) et de la Dyle (Province du Brabant).

Il est composé de différentes parties des ci-devant Conté de Namur, Duché de Brabant, Province de Luxembourg, Duché de Bouillon, Principauté de Liège et de Stavelot. Sa surface totale est d’environ 4.461 myriares (10.000 ares).

Etat actuel du Pays

p. 21. Le Département de Sambre-et- Meuse, divisé en 4 arrondissements …

Premier arrondissement

p. 22 et suivantes. Le premier arrondissement comprend 149 communes , et 12.594 habitations ; ces principales communes sont : Namur, Gembloux, Floreffe, Fosses et Andennes.

Second arrondissement

p. 25 et suivantes. Le second arrondissement renferme 135 communes, et 7.813 habitations ; ces communes principales sont : Dinant, Bouvignes, Walcourt, Florennes et Ciney.

Troisième arrondissement

p. 28 et suivantes. Le troisième arrondissement comprend 118 communes, et six mille neuf cent quatre-vingt-treize habitations ; la commune de Marche (en Famenne) en est le chef-lieu.

(Autres villes principales : Durbuy, La Roche et Rochefort.

Quatrième arrondissement

p. 31 et suivantes. Le quatrième arrondissement comprend quatre-vingt-neuf communes et quatre mille soixante habitations. Il est composé d’une partie de la Province de Luxembourg et du Duché de Bouillon : son chef-lieu est Saint Hubert. (Autres communes importantes : la commune d’Orchimont et Nassogne).

Population.

p. 33. Sa population actuelle, d'après le dernier recensement fait sur la fin de l'an 8, est de 156.765 âmes; ... En 1790, le nombre des femmes surpassait celui des hommes d'un douzième. Aujour­d'hui, il le surpasse d'un neuvième à cause des réquisitions et des levées.

Mœurs des habitans.

Ils sont vifs et laborieux, peu instruits, et uniquement occupés de leurs intérêts. Attachés à leur religion, ils sont plutôt superstitieux que fanatiques. Doux et sociables

p. 34. lorsqu'on suit à leur égard les lois de la justice, mais fiers et courageux lorsqu'on veut les humilier ou les soumettre par la force, ils ont prouvé plus d'une fois que la liberté leur est chère, et qu'ils savent braver tous les dangers pour le maintien et l'honneur de leur existence politique.

La masse des habitans s'inquiète peu des affaires d'Etat. Si elle ne parait pas absolument contente de sa situation actuelle, ce n'est ni par attachement pour la maison d’Autriche, ni par aversion pour le gouvernement républicain; mais parce que, d'un côté, ses contributions outrepassent ses moyens, et que, de l'autre, la résistance des ministres du culte catholique, que le peuple regarde comme une fermeté louable, prive le plus grand nombre d'un spectacle religieux auquel il était accoutumé.

Instruction publique

p. 40 Il serait à désirer que les obstacles qui se sont opposés jusqu'ici à l'établissement des écoles primaires, fussent enfin surmontés par quelque grande mesure.... Les habitans de ce département étant en général aptes à l'étude, et propres aux sciences, il suffirait de leur procurer les moyens nécessaires d'instruction. Dans les campagnes, il n'y a qu'un petit nombre d'habitans qui sachent lire, un plus petit nombre encore qui sachent écrire; mais presque tous annoncent un jugement sain, et une heureuse conception d'idées, qui se développeraient beaucoup, si ces dispositions naturelles recevaient la culture dont elles sont susceptibles.

Habitations rurales

p. 65. Les habitations rurales sont presque toutes rassemblées dans l’enceinte des communes. Bâties en pierre ou en pisé, couvertes d’ardoise, de tuile et le plus souvent de paille surtout dans le 3è et 4è arrondissement. Elles ne sont ni grandes, ni commodes.

Un siècle plus tard, rien n'a changé...

Prix de la main d’œuvre

p. 65. Les prix de la main d’œuvre n’ont point changé depuis 1790. Le prix de la journée d’un homme travaillant à la terre est de 75 cent., et celui d’une femme, de 45, sans y comprendre la nourriture.

Les charpentiers et autres ouvriers se payent à raison de 1fr. 50 cent., sans nourriture.

Les gages (salaire annuel) d’un valet de charrue sont de 100 fr. Ceux d’une fille de service à la campagne, de 50 fr., et ceux d’un berger de 200 fr. le tout avec la nourriture.

Agriculture

P. 43. Le premier arrondissement (Namur) est le seul qui produise plus de grains qu'il n'en faut à a consommation ordinaire : l'agriculture y paraît aussi perfectionnée qu'elle puisse l'être, tant pour la méthode des engrais, que pour les soins particuliers du labourage. ...les terres en culture... se travaillent avec des charrues à un seul versoir, portées sur un train, et tirée le plus ordinairement par deux chevaux (on se sert de bœufs dans une partie du second arrondissement (Dinant)).

Graines céréales.

On sème dans la saison de l'automne quatre espèces principales de grains, savoir: Le froment, le seigle, l’épeautre, et l'orge d'hiver.

...Outre ces autres espèces de grains qu'on sème avant l'hiver, on récolte encore, mais en petite quantité, l'orge de mars, qui sert à brasser la bière. On sème aussi de l'avoine en assez grande quantité pour fournir à la consommation annuelle des chevaux....

p. 46. De ces quantités il faut distraire les différentes parties de grains qui servent à faire de la bière et des eaux-de-vie dans un pays où la vigne ne se cultive pas, et il reviendra en partage définitif, qu'environ 4 hectolitres de grains à chaque habitant; celui, avec le secours des pommes de terre et autres légumes, peut suffire à la consommation annuelle...

Carte à jouer. Valet de coeur. Moissonneur - 1794.

p. 47. On bat les grains dans les granges, et en quelque endroit, en plein air, avec le fléau. Quand c'est en plein air, on bat immédiatement après la récolte; autrement on la bat dans les mois de frimaire et nivôse, immédiatement après les semailles, afin de payer le fermage des terres, qui échoit ordinairement vers le 10 frimaire.

Plantes légumineuses.

Outre les pois et les haricots qu'on cultive dans les jardins, et dans les parties de terres appelées héritages, à proximité des habitations, on récolte en pleine campagne des pois, des vesces et des favettes (faveroles). Ces deux dernières nourritures servent à la nourriture des bestiaux, et suppléant ordinairement au manque de fourrage.

Autres plantes servant à la nourriture des hommes et des bestiaux.

p. 48 Les pommes de terre, d’une si grande ressource pour l’habitant pauvre des villes, et pour celui des campagnes, se cultivent et réussissent dans toute l’étendue du département.

p. 49. Depuis quelques années, la racine de chicorée sauvage est devenue pour le cultivateur un objet de spéculation. Brûlée et réduite en poudre, elle se mêle avec le café, pour lui donner plus de force ou plus de couleur ; et comme partout, jusque dans les plus misérables chaumières, l’usage pernicieux de cette boisson est passé en habitude, il s’en fait maintenant une consommation d’autant plus considérable, que le café est devenu plus cher, à raison des circonstances.

Vignobles

p. 50/51. A peine compte-t-on 3 hectares de vignes dans le département. Cependant autrefois il y en avait une assez grande quantité situé sur la rive gauche de la Meuse, dans l’espace de 2 myriamètres, depuis Namur jusqu’à Bouvignes. Il paraît même que le vin qu’on y récoltait n’était pas sans prix aux yeux des habitans, si l’on en croit les anciennes histoires du pays ; mais la facilité de s’en procurer de meilleur aux environs de Bar (département de la Meuse) et de la ci-devant Champagne, a fait abandonner cette culture, qu’il serait peut-être possible de rétablir…

Carte à jouer. Vendangeur -1794.

Distilleries

p. 100. En 1790, il n’y avait qu’une seule distillerie privilégiée dans l’enceinte de la commune de Namur, pour l’eau-de-vie de grains ; mais depuis elles se sont multipliées de toutes parts, soit dans les grandes communes, soit dans les campagnes. On estime actuellement à 62 myrialitres (10.000 litres) le genièvre qui se distille pour la consommation ordinaire, ainsi que pour le commerce. Son prix moyen est de … 43 cent. le litre. Cette partie consomme environ 43.000 hectolitres le grain.

Brasseries

p. 101. Dans un pays où l’on ne cultive nulle part la vigne, le nombre de brasseries doit être considérable. Je ne m’arrêterai point à les calculer, parce que dans chaque commune, grande ou petite, il s’en trouve quelque fois plusieurs. La bière revient dans les ménages à 8 centimes le litre, et on la vend ordinairement le double dans les cabarets. On peut estimer qu’un quart à peu près de la récolte se consomme pour cet objet.

Arbres fruitiers

p. 55. Le cerisier, le pommier, le poirier résistent partout, pour peu que l’on donne de soins ; l’abricotier et le pêcher ne viennent bien que dans les environs de Namur.

On élève toute espèce de pruniers et l’on en sèche les fruits pour l’hiver…

p. 56. On emploie les pommes pour en faire du vinaigre. Il est plus fort et plus facile à conserver que celui que l’on fait communément avec la bière.

Jardins

Les jardins à proximité des habitations, produisent toutes sortes de légumes que le climat permet de cultiver ; tel que choux rouge, vert et blanc, navets, carottes, asperges, scorsonères et artichauts... mais ni le melon, ni le concombre, ni le cardon ne peuvent y prospérer parce que le voisinage de la Meuse et de la Sambre attise des vents de terre fréquents, qui exposent la température à des variations continuelles.

Des cultivateurs

p. 62 et suivantes. Le département est à la fois un pays de grande et de petite culture. Les 3/5è des terres sont cultivés immédiatement par les fermiers, et les 2 autres par les différents propriétaires à qui ils appartiennent. Généralement parlant, les habitans de la campagne sont laborieux et sobres, commerçans et hospitaliers de bonne foi et ennemis des procès. Il se commet rarement parmi eux de grands crimes ; les violences passagères dont ils se rendent coupables, sont plutôt l’effet des excès de la boisson dans les jours de repos, que d’un méchant caractère.

Leur taille est avantageuse, leur tempérament robuste, leur nourriture saine : du pain de seigle ou d’épeautre, avec du beurre ou du fromage maigre qu’on fait dans le pays, quelque peu de viande salée, et beaucoup de légumes surtout de pommes de terre, voilà leur subsistance ordinaire.

Leur boisson est la bière, et l’eau-de-vie de grain appelée genièvre . Il serait à désirer qu’ils fissent moins d’usage de la seconde, et qu’ils se corrigeassent, hommes et femmes, de l’habitude qu’ils ont contractée depuis une vingtaine d’années seulement, de boire du café plusieurs fois par jour.

Les mangeurs de pomme de terre. V. Van Gogh, 1885. ( sans oublier le café). Contrairement aux villes qui se développent  par le machinisme, le monde des campagnes n'évolue pas au cours du XIX°s.

Carte à jouer - valet de Carreau. Cultivateur - 1794.

Ils ont un idiome particulier, qui paraît tirer son origine de l’ancienne langue celtique, et qui a quelque rapport avec le français, dans  les termes qui dérivent de la langue romance.

Peu savent lire et écrire ; mais cette ignorance diminue tous les jours ; la génération présente paraît vouloir acquérir les connaissances qu’exige son nouvel état politique.

Ils sont presque tous dans l’aisance, comparativement des habitants des départements pauvres de l’intérieur, et poussent communément leur carrière jusque dans un âge avancé.

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Les Arts et Métiers

Travail des matières minérales

Mines de plomb

p. 69 et suivantes. La principale mine de plomb est celle de Vedrin, située sur la commune du même nom à ½ myriamètre nord de Namur. La découverte en remonte au 17è siècle…

Mines et fabriques de cuivre

Laiton - On compte dans le département 5 fonderies de laiton, dont 4 dans l’enceinte même de la commune de Namur, et la 5è dans le second arrondissement commune d’Anthée, appartenant au ci-devant Baron de Rosée, le seul des Maîtres batteurs qui se serve du laminoir pour faire des feuilles de cuivre.

Chacune de ces fonderies a ses martinets et sa tire-filerie particulière, situés sur les ruisseaux de Goyet, Burnot et Anthée, et chacune occupe dans le moment actuel 120 ouvriers y compris les fagotteurs.

Tire-filerie au XVIII°s

Chaque fonderie a 6 fourneaux qui peuvent donner séparément 8 myriagrammes de cuivre brut chacun, dans les 24 heures …

p. 77. … la calamine dont on se sert pour la fabrication du laiton, se tire toute calcinée du ci-devant pays du Limbourg, département de l’Ourthe … à laquelle on y mélange, avec le charbon, le cuivre rosette - la principale matière première de ces fabriques - qui se tire de Drontheim, en Suède.

Mines et fabriques de fer

Les fabriques de fer occupent plus de 1.000 ouvriers, dont quelques-uns, tel que les bûcherons, ne travaillant pour cet objet que pendant la mauvaise saison, peuvent le reste de l’année se rendre utiles à l’agriculture.

Le commerce de fer de ce pays a été de tout temps en concurrence avec celui de l’Allemagne et de la Suède …

… Il existe dans le département :

hauts fourneaux : 26

fonderies : 8

affineries : 14

martinets : 8

forges : 37

… la quantité de fer brut que peut fournir le département est de 571.000 myriagrammes.

Coutellerie

p. 88. La coutellerie de Namur est depuis longtemps renommée : elle occupait en 1790, 250 ouvriers, et celle de Gembloux 150.

Mines de houille

p. 90. Il n’y a dans le département que de la poussière de houille, appelée terre-houille en termes du pays. Elle se pétrit avec 1/8è d’argile. On compose cette pâte de petites boules qui, séchées au soleil ou à l’ombre, brûlent facilement, procurent une chaleur plus forte que le bois, et s’emploient avec économie dans presque tous les ménages.

Cependant, …, comme je l’ai déjà remarqué, tout annonce, et particulièrement sur la montagne du Château de Namur, l’existence de couches puissantes de houille dans les endroits où la terre-houille s’exploite…

Travail des pierres

p.91. le marbre n’est pas rare dans le 3 premiers arrondissements. Depuis plusieurs siècles, les anglais et les hollandais sont dans l’usage de tirer de Golzinnes, Namur et Dinant, soit en blocs, soit en tables et en pavemens, tout le marbre noir dont ils ont besoin pour la décoration de leurs édifices publiques et de leurs maisons particulières…

Celui de Golzinnes est le plus foncé, comme aussi le plus facile à polir ; celui de Dinant s’écaille quelque fois, et ne vaut pas le premier ; celui de la carrière dite du Grand-Malade, près de Namur, tire d’avantage sur le bleu et oppose plus de résistance aux ciseaux.

p. 94. Les carrières de Samson à 1 myriamètre de Namur en descendant la Meuse, fournissent une pierre blanchâtre qui, coupée en morceau de 3 décimètres d’épaisseur, est employée dans ce pays-ci et dans la Hollande à paver l’intérieur des maisons alternativement avec pareilles morceaux de pierre bleue qu’on trouve encore dans les carrières de ce département.

Les pierres de taille propres à bâtir, sont abondantes sur le cours de la Meuse depuis Dinant jusqu’à Huy.

La pierre à chaux n’est pas moins abondante sur toute la surface du Département…

Travail de la terre

p. 95. Cinquante ouvriers environ sont continuellement occupés dans la commune d’Andennes, distante de 2 myriamètres de Namur, à tirer des argiles propres à faire de la faïence, des poteries et des pipes. ..

Il existe dans le département deux faïenceries, l’une dans la commune de Saint Servais à 1 km de Namur, qui occupe dans ce moment une trentaine d’ouvriers, et qui de jour en jour se perfectionne au point qu’elle est prêt d’égaler, par la bonté de ces ouvrages, les fabriques renommées de Luxembourg ; et l’autre dans la commune d’Andennes. Cette dernière, considérable par ses bâtimens et par son débit, emploie environ une centaine d’ouvriers. Tout à côté de celle-là, il s’en élève une nouvelle… qui annonce une vaste entreprise, par la grandeur et la beauté de ses bâtimens.

Toutes les poteries à l’usage de ses habitans se fabriquent dans le département.

Travail du verre

p. 97. Dans l’enceinte même de la commune de Namur, il existe, depuis plus d’un siècle une verrerie, maintenant fort négligée, relativement aux procédés. Elle occupe une dizaine d’ouvriers tout au plus et ne fabrique que du verre blanc de médiocre qualité.

Celle de Vonêche, à 7 myriamètre sud-est de Namur, établie depuis une vingtaine d’année, offre plus d’intérêt, et prouve plus d’intelligence de la part des entrepreneurs…

Tanneries

p. 106. Le travail des tanneries était autrefois très-considérable dans ce pays-ci. La seule commune de Namur préparait 25.000 pièces de cuir, dont 1/5è seulement était pris dans le pays ; le reste venait des différentes îles espagnoles et portugaises… On travaille ces cuirs suivant l’ancienne méthode, en les laissant dans les fosses 18 à 20 mois. Chaque pièce exige 11 myriagrammes de tan.

p. 107. … ce travail faisait vivre autrefois plus de 700 ouvriers ; à peine 250 trouvent-ils à l’heure présente de l’occupation.

Extraits tirés de : Gallica.bnf.fr/bibliothèque nationale de France

 

 

 

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